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ENTRE DEUX GLOBES, Antoinette Bourdin, Une troisième existence

27 Octobre 2021 , Rédigé par Un spirite Publié dans #Allan Kardec, #Centre Spirite, #Croyance, #Doctrine Spirite, #Médiumnité, #Philosophie Spirite, #Réincarnation, #Science, #Spiritisme

 

CHAPITRE XIII Une troisième existence - Les dangers de la beauté - Une fille perdue - La sécheresse du coeur - La folle - Ses visions - L'expiation Oh ! Comme je sens mon coeur se réchauffer et mon intelligence éprouver toutes les voluptés d’une imagination vive et ardente ! Me voilà jeune fille, cherchant dans l’inconnu des chimères et des illusions. A peine sortie de l’adolescence, des passions nouvelles vinrent m’assiéger ; celles-ci, comme les autres, je ne cherchais pas à les éteindre, elles trouvaient, au contraire, un élément dans des flatteries que l’on me prodiguait. Je m’épris d’abord des charmes de ma beauté ; ce coeur égoïste qui n’avait jamais aimé devait commencer par un sentiment tout personnel. Je fus privée de très bonne heure de mes parents, et la vieille tante qui prenait soin de moi, n’ayant pas assez de perspicacité, ne s’apercevait pas de mes précoces coquetteries, je me laissais glisser mollement sur cette pente rapide de l’inconséquence qui conduit si souvent de pauvres créatures dans l’abîme de la prostitution. Je me vois à la fleur de l’âge où la femme a atteint l’apogée de la grâce et de la beauté ; des adorateurs se pressaient autour de moi, je me laissais aimer, et lorsqu’on se ruinait pour satisfaire mes caprices, j’éprouvais une froideur de marbre pour le malheureux insensé qui m’aimait réellement, cette affection sentimentale me faisait sourire de pitié et, s’il avait pu lire au-dedans de mon coeur les pensées étroites qui le paralysaient, il aurait méprisé ce masque de chair qui cachait tant d’imperfections. Je fus deux fois mère, mais j’éloignai aussitôt ces petits êtres, qui auraient troublé, par les soins qu’ils réclamaient, la vie de débauche que je menais et qui ne pouvait pas s’allier avec les douces abnégations de l’amour maternel ; je voulais être libre de tous liens. Cependant, malgré la froideur de mes sentiments, j’éprouvais une profonde tristesse lorsque de pauvres femmes, avec leurs petits enfants, s’approchaient de moi pour solliciter un secours : je donnais aussitôt, mais il m’était impossible de discerner si le désir de venir en aide à ces infortunées était le mobile de mon intention, ou si ce n’était pas plutôt pour étouffer un remords.

La pensée de la vieillesse m’épouvantait, mais j’étais si belle qu’il me semblait impossible qu’elle pût opérer sur moi ses ravages : ce visage que je soignais tant ne devait pas devenir la proie du temps, se flétrir, se sillonner de rides profondes ; ces cheveux d’ébène ne pourraient ni tomber, ni blanchir; ce corps, parfait d’élégance et de mate blancheur, ne pourrait pas se courber sous le poids des années. Non, je me disais qu’une femme, telle que moi ne devait pas dépasser l’âge viril, que la mort devait l’arracher à ceux qui l’aimaient encore pour la coucher dans une tombé parfumée sans altérer ses charmes. Malgré les étourdissements de ma vie dissolue, je ne pouvais étouffer une voix intérieure qui me criait : Tu as un coeur de femme pour aimer Dieu et la famille et tu le prostitues aux plus viles passions. J’étais tellement obsédée par cette voix que pour ne pas l’entendre, je me lançais toujours davantage au milieu des orgies ; je redoutais la solitude et bien qu’idolâtre de ma beauté, j’avais peur d’être en tête-à-tête avec moi, je me fuyais pour ainsi dire comme on fuit devant une ombre menaçante. Oh ! Je comprends maintenant ; c’était la voix de la conscience qui se manifestait pour la première fois, j’avais été touchée par une étincelle de ce feu sacré qui brûle sans éclairer, et qui plus tard éclaire sans brûler. Dans aucune de mes existences, je n’avais entendu la voix de la conscience ni éprouvé les tortures du remords ; souvent des larmes venaient humecter mes paupières, mais elles n’étaient pas assez abondantes pour déborder ; dans mes sommeils agités, toujours deux enfants pauvres, chétifs et contrefaits, se présentaient à moi et me disaient :

« Mère, toi qui es riche, donne-nous du pain, donne-nous tes caresses, donne-nous ton amour ; tu nous as abandonnées et nous errons sans but, sans soutien, le froid nous transit ; donne-nous tes chaudes fourrures pour nous couvrir, abrite-nous dans un coin de ta somptueuse demeure. Ces cauchemars ne faisaient qu’augmenter, et mon caractère, jadis si gai, recevait de nouvelles atteintes ; une surexcitation nerveuse fut la conséquence de cette sorte d’obsession que je me gardai bien de révéler. Ma beauté se ressentit de ce mal intérieur et se flétrit bientôt ; j’eus alors des pensées de désespoir, les amis que j’avais lorsque j’étais heureuse m’abandonnèrent visiblement et je vis la misère s’avancer à grands pas ; enfin, un matin, en sortant d’un rêve affreux, je me mis à pousser des cris terribles, je faisais des contorsions comme si je combattais avec des ennemis invisibles. Les personnes attirées par le bruit déclarèrent que j’étais folle, on me lia et je fus emmenée dans une maison d’aliénés, tous mes triomphes de femme belle et galante expirèrent à la porte de cette sinistre maison. Là, je dus subir un règlement et me soumettre au régime des pauvres pensionnaires ; personne ne paya pour moi, et, dans mes moments de lucidité, je comprenais la chute que je venais de faire. Alors le désespoir exerça tout son empire, je n’eus rien pour m’en préserver, ni la religion, ni l’amour ; je mourus dans ce triste asile, où tant de malheureux achèvent de perdre la raison ou se laissent envahir par une influence occulte ; c’était mon cas, j’étais obsédée par mes songes. Lorsque j’arrivai dans le monde des esprits, je fus reçue par ces deux enfants qui avaient fait le malheur de ma vie, ils étaient morts de misère et à la suite d’une cruelle maladie causée par l’inconduite de leur mère. Ils m’étaient apparus pendant mon existence comme les instruments de la justice divine, et mon coeur endurci aurait dû s’ouvrir aux premières flèches de la sensibilité ; mais elles dévièrent et ne firent que troubler mes sentiments sans les rendre meilleurs. Le calme se fit en moi pour me donner le temps de me reconnaître, j’envisageai ma position, je compris mon erreur : j’avais demandé à naître dans le corps d’une femme, pensant me défaire plus facilement de mon despotisme, et je me disais : j’aurai un maître qui me dominera, des enfants qui auront besoin de mon amour et je serai meilleure. Mais encore là j’ai faibli : sous le masque de la chair, j’étais femme, et les hommes se traînaient à mes pieds comme des esclaves, j’ai abandonné mes enfants, je les ai méconnus ; je n’ai aimé que les charmes que la nature m’avait prodigués.

Cette voix intérieure qui se faisait entendre pendant que j’étais sur la terre m’a parlé de nouveau, elle a retenti dans tout mon être comme la foudre sur le Sinaï : Tu n’as aimé que ton corps, me dit-elle, eh bien ! retourne près de lui jusqu’à ce qu’il soit réduit en poussière. Je n’entendis plus rien et je me trouvai aussitôt dans un cimetière, l’esprit penché sur une fosse commune où je découvris ce corps que j’avais tant soigné, il était tout bouffi par l’humidité de la terre et couvert de taches violacées ; dans ma bouche entrouverte les vers commençaient leur oeuvre de destruction, une odeur nauséabonde m’entourait. Ce tableau m’effraya, je voulus fuir, mais je ne le pus. J’ai donc suivi tous les degrés de la décomposition de mon corps, j’ai vu ces myriades de créations spontanées que la chair en putréfaction fait éclore, j’ai vu jusqu’au dernier lambeau se détacher de mes os, il a fallu pour cela pénétrer au travers de tous les corps qui étaient jonchés sur le mien. Quelle terrible expiation ! - Oui, bien terrible, dit l’ange ; mais elle te met au rang des éprouvés, parce que tu as souffert physiquement et moralement ; tu as été humiliée, tu as enduré les tortures du mépris et de l’abandon, mais ta conscience a parlé, c’est que l’âme s’est réveillée dans la chair et qu’elle ne se laissera plus dominer par les passions, si elle écoute cette voix et apprend à se vaincre soi-même. C'est pour cela que plus l’âme progresse, plus elle rencontre aussi douleurs et déceptions.

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