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DES EXEMPLES DE TÉMOIGNAGES, EN CAS D'IDÉE SUICIDAIRE IRREVERSIBLE, LE LIVRE LE CIEL ET L'ENFER, ALLAN KARDEC

28 Novembre 2021 , Rédigé par Un spirite Publié dans #Allan Kardec, #Centre Spirite, #Croyance, #Doctrine Spirite, #Médiumnité, #Philosophie Spirite, #Réincarnation, #Science, #Spiritisme, #Suicide

 

 

 

 

SUICIDES, LE LIVRE LE CIEL ET L'ENFER, ALLAN KARDEC 

 

UN ATHEE

 

M. J.-B. D... était un homme instruit, mais imbu au dernier degré des idées matérialistes, ne

croyant ni à Dieu ni à son âme. Il a été évoqué deux ans après sa mort, à la Société de Paris, sur

la demande de l'un de ses parents.

1. Evocation. - R. Je souffre ! Je suis réprouvé.

2. Nous sommes prié de vous appeler de la part de vos parents qui désirent connaître votre

sort ; veuillez nous dire si notre évocation vous est agréable ou pénible ? - R. Pénible.

3. Votre mort a-t-elle été volontaire ? - R. Oui.

L'Esprit écrit avec une extrême difficulté ; l'écriture est très grosse, irrégulière, convulsive et

presque illisible. A son début, il montre de la colère, casse le crayon et déchire le papier.

4. Soyez plus calme ; nous prierons tous Dieu pour vous. - R. Je suis forcé de croire à Dieu.

5. Quel motif a pu vous porter à vous détruire ? - R. Ennui de la vie sans espérance.

On conçoit le suicide quand la vie est sans espoir ; on veut échapper au malheur à tout prix ; avec le

Spiritisme l'avenir se déroule et l'espérance se légitime : le suicide n'a donc plus d'objet ; bien plus, on

reconnaît que, par ce moyen, on n'échappe à un mal que pour retomber dans un autre qui est cent fois

pire. Voilà pourquoi le Spiritisme a déjà arraché tant de victimes à la mort volontaire. Ils sont bien

coupables ceux qui s'efforcent d'accréditer par des sophismes scientifiques, et soi-disant au nom de la

raison, cette idée désespérante, source de tant de maux et de crimes, que tout finit avec la vie ! Ils seront

responsables, non seulement de leurs propres erreurs, mais de tous les maux dont ils auront été la cause.

6. Vous avez voulu échapper aux vicissitudes de la vie ; y avez-vous gagné quelque chose ?

êtes-vous plus heureux maintenant ? - R. Pourquoi le néant n'existe-t-il pas ?

7. Veuillez être assez bon pour nous écrire votre situation le mieux que vous pourrez. - R. Je

souffre d'être obligé de croire tout ce que je niais. Mon âme est comme un brasier ; elle est

tourmentée horriblement.

8. D'où vous venaient les idées matérialistes que vous aviez de votre vivant ? - R. Dans une

autre existence j'avais été méchant, et mon Esprit était condamné à souffrir les tourments du

doute pendant ma vie ; aussi me suis-je tué.

Il y a ici tout un ordre d'idées. On se demande souvent comment il peut y avoir des matérialistes,

puisque ayant déjà passé par le monde spirituel, ils devraient en avoir l'intuition ; or, c'est précisément

cette intuition qui est refusée à certains Esprits qui ont conservé leur orgueil, et ne se sont pas repentis de

leurs fautes. Leur épreuve consiste à acquérir, pendant la vie corporelle, et par leur propre raison, la

preuve de l'existence de Dieu et de la vie future qu'ils ont incessamment sous les yeux ; mais souvent la

présomption de ne rien admettre au-dessus de soi l'emporte encore, et ils en subissent la peine jusqu'à ce

que, leur orgueil étant dompté, ils se rendent enfin à l'évidence.

9. Quand vous vous êtes noyé, que pensiez-vous qu'il adviendrait de vous ? quelles réflexions

avez-vous faites à ce moment ? - R. Aucune ; c'était le néant pour moi. J'ai vu après que, n'ayant

pas subi toute ma condamnation, j'allais encore bien souffrir.

10. Maintenant, êtes-vous bien convaincu de l'existence de Dieu, de l'âme et de la vie future ?

- R. Hélas ! je ne suis que trop tourmenté pour cela !

11. Avez-vous revu votre frère ? - R. Oh ! non.

12. Pourquoi cela ? - R. Pourquoi réunir nos tourments ? on s'exile dans le malheur, on se

réunit dans le bonheur ; hélas !

13. Seriez-vous bien aise de revoir votre frère que nous pourrions appeler là, à côté de vous ? -

R. Non. non, je suis trop bas.

14. Pourquoi ne voulez-vous pas que nous l'appelions ? - R. C'est qu'il n'est pas heureux, lui

non plus.

15. Vous redoutez sa vue ; cela ne pourrait que vous faire du bien ? - R. Non ; plus tard.

16. Désirez-vous faire dire quelque chose à vos parents ? - R. Qu'on prie pour moi.

 

17. Il paraît que, dans la société que vous fréquentiez, quelques personnes partagent les

opinions que vous aviez de votre vivant ; auriez-vous quelque chose à leur dire à ce sujet ? - R.

Ah ! les malheureux ! Puissent-ils croire à une autre vie ! c'est ce que je peux leur souhaiter de

plus heureux ; s'ils pouvaient comprendre ma triste position, cela les ferait bien réfléchir.

(Evocation du frère du précédent, professant les mêmes idées, mais qui ne s'est pas suicidé.

Quoique malheureux, il est plus calme ; son écriture est nette et lisible.)

18. Evocation. - R. Puisse le tableau de nos souffrances vous être une utile leçon, et vous

persuader qu'une autre vie existe, où l'on expie ses fautes, son incrédulité.

19. Vous voyez-vous réciproquement avec votre frère que nous venons d'appeler ? - R. Non, il

me fuit.

On pourrait demander comment les Esprits peuvent se fuir dans le monde spirituel, où n'existent pas

d'obstacles matériels, ni de retraites cachées à la vue. Tout est relatif dans ce monde, et en rapport avec la

nature fluidique des êtres qui l'habitent. Les Esprits supérieurs ont seuls des perceptions indéfinies ; chez

les Esprits inférieurs, elles sont limitées, et pour eux les obstacles fluidiques font l'effet d'obstacles

matériels. Les Esprits se dérobent à la vue les uns des autres par un effet de leur volonté qui agit sur leur

enveloppe périspritale et les fluides ambiants. Mais la Providence, qui veille sur chacun

individuellement, comme sur ses enfants, leur laisse ou leur refuse cette faculté d'après les dispositions

morales de chacun ; selon les circonstances, c'est une punition ou une récompense.

20. Vous êtes plus calme que lui ; pourriez-vous nous donner une description plus précise de

vos souffrances ? - R. Sur la terre ne souffrez-vous pas dans votre amour propre, dans votre

orgueil, quand vous êtes obligé de convenir de vos torts ? Votre esprit ne se révolte-t-il pas à la

pensée de vous humilier devant celui qui vous démontre que vous êtes dans l'erreur ? Eh bien !

que croyez-vous que souffre l'Esprit qui, pendant toute une existence, s'est persuadé que rien

n'existe après lui, qu'il a raison contre tous ? Quand tout à coup il se trouve en face de l'éclatante

vérité, il est anéanti, il est humilié. A cela vient se joindre le remords d'avoir pu si longtemps

oublier l'existence d'un Dieu si bon, si indulgent. Son état est insupportable ; il ne trouve ni

calme ni repos ; il ne retrouvera un peu de tranquillité qu'au moment où la grâce sainte, c'est-àdire

l'amour de Dieu, le touchera, car l'orgueil s'empare tellement de notre pauvre esprit, qu'il

l'enveloppe tout entier, et il lui faut encore bien du temps pour se défaire de ce vêtement fatal ; ce

n'est que la prière de nos frères qui peut nous aider à nous en débarrasser.

21. Voulez-vous parler de vos frères vivants ou Esprits ? - R. Des uns et des autres.

22. Pendant que nous nous entretenions avec votre frère, une personne ici présente a prié pour

lui ; cette prière lui a-t-elle été utile ? - R. Elle ne sera pas perdue. S'il repousse la grâce

maintenant, cela lui reviendra, quand il sera en état de recourir à cette divine panacée.

 

 

 

 

M. FELICIEN

 

C'était un homme riche, instruit, poète spirituel, d'un caractère bon, obligeant et plein

d'aménité, et d'une parfaite honorabilité. De fausses spéculations avaient compromis sa fortune ;

son âge ne lui permettant plus de se rétablir, il céda au découragement et se suicide en décembre

1864, en se pendant dans sa chambre à coucher. Ce n'était ni un matérialiste, ni un athée, mais un

homme d'une humeur un peu légère, prenant peu de souci de la vie future. L'ayant intimement

connu, nous l'évoquâmes quatre mois après sa mort, par sympathie pour sa personne.

Evocation. - Je regrette la terre ; j'y ai eu des déceptions, mais moindres qu'ici. Je rêvais des

merveilles, et je suis au-dessous de la réalité idéale que j'en avais. Le monde des Esprits est bien

mêlé, et pour le rendre supportable, il serait besoin d'un bon triage. Je n'en reviens pas ! Quelles

esquisses de moeurs spirites on pourrait faire ici ! Balzac devrait être à la besogne ; elle serait

rude. Mais je ne l'ai pas aperçu ; où se trouvent-ils donc ces grands Esprits qui ont si fort flagellé

les vices de l'humanité ? Ils devraient, comme moi, séjourner ici quelque temps, avant d'aller

dans des régions plus élevées. C'est un pandémonium curieux qui me plaît à observer, et j'y reste.

Bien que l'Esprit déclare se trouver dans une société très mélangée, et par conséquent d'Esprits

inférieurs, son langage avait lieu de nous surprendre, en raison de son genre de mort auquel il ne fait

aucune allusion, car autrement c'était bien le reflet de son caractère. Cela nous laissait quelques doutes

sur son identité.

D. Veuillez nous dire, je vous prie, comment vous êtes mort ? - R. Comment je suis mort ?

Par la mort que j'ai choisie ; elle m'a plu ; j'ai assez longtemps médité sur celle que je devais

choisir pour me délivrer de la vie. Et, ma foi, j'avoue que je n'y ai pas gagné grand-chose, si ce

n'est d'être délivré de mes soucis matériels, mais pour en retrouver de plus graves, de plus

pénibles dans ma position d'Esprit dont je ne prévois pas la fin.

D. (Au guide du médium.) - Est-ce bien l'Esprit de M. Félicien qui a répondu ? Ce langage

presque insouciant nous étonne chez un suicidé. - R. Oui ; mais par un sentiment excusable dans

sa position, et que vous comprendrez, il ne voulait pas révéler son genre de mort au médium,

c'est pour cela qu'il a fait des phrases ; il a fini par l'avouer, amené par votre question directe,

mais il en est très affecté. Il souffre beaucoup de s'être suicidé, et écarte tant qu'il peut tout ce qui

lui rappelle cette fin funeste.

D. (A l'Esprit.) - Votre mort nous a d'autant plus affectés que nous prévoyions les tristes

conséquences pour vous, et en raison surtout de l'estime et de l'attachement que nous vous

portions. Personnellement, je n'ai point oublié combien vous avez été bon et obligeant pour moi.

Je serais heureux de vous en témoigner ma reconnaissance, si je puis faire quelque chose qui

vous soit utile. - R. Et pourtant je ne pouvais échapper autrement aux embarras de ma position

matérielle. Maintenant je n'ai besoin que de prières ; priez surtout pour que je sois délivré des

horribles compagnons qui sont près de moi et qui m'obsèdent de leurs rires, de leurs cris et de

leurs moqueries infernales. Ils m'appellent lâche et ils ont raison ; c'est lâcheté que de quitter la

vie. Voilà quatre fois que je succombe à cette épreuve. Je m'étais pourtant bien promis de ne pas

faillir... Fatalité !... Ah ! priez ; quel supplice est le mien ! Je suis bien malheureux ! vous ferez

plus pour moi en le faisant, que je n'ai fait pour vous, quand j'étais sur la terre ; mais l'épreuve à

laquelle j'ai si souvent failli, se dresse devant moi en traits ineffaçables ; il faut que je la subisse

de nouveau dans un temps donné ; en aurai-je la force ? Ah ! si souvent recommencer la vie ! Si

longtemps lutter et être entraîné par les événements à succomber malgré soi, c'est désespérant, 

même ici ! c'est pour cela que j'ai besoin de force. On en puise dans la prière, dit-on : priez pour

moi ; je veux prier aussi.

 

 

LOUVET FRANÇOlS-SIMON (du Havre)

 

La communication suivante a été donnée spontanément dans une réunion spirite, au Havre, le

12 février 1863 :

«Aurez-vous pitié d'un pauvre misérable qui souffre depuis si longtemps de si cruelles

tortures ! Oh ! le vide... l'espace... je tombe, je tombe, au secours !... Mon Dieu, j'ai eu une si

misérable vie !... J'étais un pauvre diable ; je souffrais souvent de la faim dans mes vieux jours ;

c'est pour cela que je m'étais mis à boire et que j'avais honte et dégoût de tout... J'ai voulu mourir

et je me suis jeté... Oh ! mon Dieu, quel moment !... Pourquoi donc désirer d'en finir quand j'étais

si près du terme ? Priez ! pour que je ne voie plus toujours ce vide au-dessous de moi... Je vais

me briser sur ces pierres !... Je vous en conjure, vous qui avez connaissance des misères de ceux

qui ne sont plus ici-bas, je m'adresse à vous, quoique vous ne me connaissiez pas, parce que je

souffre tant... Pourquoi vouloir des preuves ? Je souffre, n'est-ce pas assez ? Si j'avais faim au

lieu de cette souffrance plus terrible, mais invisible pour vous, vous n'hésiteriez pas à me

soulager en me donnant un morceau de pain. Je vous demande de prier pour moi... Je ne puis

rester plus longtemps... Demandez à un de ces heureux qui sont ici, et vous saurez qui j'étais.

Priez pour moi.»

 

FRANÇOIS-SIMON LOUVET.

Le guide du médium. - Celui qui vient de s'adresser à toi, mon enfant, est un pauvre

malheureux qui avait une épreuve de misère sur la terre, mais le dégoût l'a pris ; le courage lui a

failli, et l'infortuné, au lieu de regarder en haut ainsi qu'il aurait dû le faire, s'est adonné à

l'ivrognerie ; il est descendu aux dernières limites du désespoir, et a mis un terme à sa triste

épreuve en se jetant de la tour de François I°, le 22 juillet 1857. Ayez pitié de sa pauvre âme, qui

n'est pas avancée, mais qui a cependant assez de connaissance de la vie future pour souffrir et

désirer une nouvelle épreuve. Priez Dieu de lui accorder cette grâce, et vous ferez une bonne

oeuvre.

Des recherches ayant été faites, on trouva dans le Journal du Havre, du 23 juillet 1857,

l'article suivant, dont voici la substance :

«Hier, à quatre heures, les promeneurs de la jetée ont été douloureusement impressionnés par

un affreux accident : un homme s'est élancé de la tour et est venu se briser sur les pierres. C'est

un vieux haleur, que ses penchants à l'ivrognerie ont conduit au suicide. Il se nomme François-

Victor-Simon Louvet. Son corps a été transporté chez une de ses filles, rue de la Corderie ; il

était âgé de soixante-sept ans.»

Depuis tantôt six ans que cet homme est mort, il se voit toujours tombant de la tour et allant

se briser sur les pierres ; il s'épouvante du vide qu'il a devant lui, il est dans les appréhensions

de la chute... et cela depuis six ans ! Combien cela durera-t-il ? il n'en sait rien, et cette

incertitude augmente ses angoisses. Cela ne vaut-il pas l'enfer et ses flammes ? Qui a révélé ces

châtiments ? les a-t-on inventés ? Non ; ce sont ceux mêmes qui les endurent qui viennent les

décrire, comme d'autres décrivent leurs joies. Souvent ils le font spontanément, sans que l'on

songe à eux, ce qui exclut toute idée qu'on est le jouet de sa propre imagination.

 

 

LE SUICIDE DE LA SAMARITAINE

 

Le 7 avril 1858, vers sept heures du soir, un homme d'une cinquantaine d'années, et vêtu

convenablement, se présenta dans l'établissement de la Samaritaine, à Paris, et se fit préparer un

bain. Le garçon de service s'étonnant, après un intervalle de deux heures, que cet individu

n'appelât pas, se décida à entrer dans son cabinet pour voir s'il n'était pas indisposé. Il fut alors

témoin d'un hideux spectacle : ce malheureux s'était coupé la gorge avec un rasoir, et tout son

sang s'était mêlé à l'eau de la baignoire. L'identité n'ayant pu être établie, on a transporté le

cadavre à la Morgue.

L'esprit de cet homme, évoqué à la Société de Paris, six jours après sa mort, donna les

réponses suivantes :

1. Evocation. (Réponse du guide du médium). Attends... il est là.

2. Où êtes-vous maintenant ? - R. Je ne sais... Dites-le moi, où je suis.

3. Vous êtes dans une assemblée de personnes qui s'occupent d'études spirites et qui sont

bienveillantes pour vous. - R. Dites-moi si je vis... J'étouffe dans le cercueil.

Son âme, quoique séparée du corps, est encore complètement plongée dans ce qu'on pourrait

appeler le tourbillon de la matière corporelle ; les idées terrestres sont encore vivaces ; il ne se

croit pas mort.

4. Qui vous a engagé à venir à nous ? - R. Je me suis senti soulagé.

5. Quel motif vous a porté à vous suicider ? - R. Suis-je mort ?... Non pas... j'habite mon

corps... Vous ne savez pas combien je souffre !... J'étouffe... Qu'une main compatissante essaye

de m'achever !

6. Pourquoi n'avez-vous laissé aucune trace qui pût vous faire reconnaître ? - R. Je suis

abandonné ; j'ai fui la souffrance pour trouver la torture.

7. Avez-vous maintenant les mêmes motifs de rester inconnu ? - R. Oui ; ne mettez pas un fer

rouge dans la blessure qui saigne.

8. Voudriez-vous nous dire votre nom, votre âge, votre profession, votre domicile ? - R.

Non... à tout non.

9. Aviez-vous une famille, une femme, des enfants ? - R. J'étais abandonné ; nul être ne

m'aimait.

10. Qu'aviez-vous fait pour n'être aimé de personne ? - R. Combien le sont comme moi !... Un

homme peut être abandonné au milieu de sa famille, quand aucun coeur ne l'aime.

11. Au moment d'accomplir votre suicide, n'avez-vous éprouvé aucune hésitation ? - R. J'avais

soif de la mort... J'attendais le repos.

12. Comment la pensée de l'avenir ne vous a-t-elle pas fait renoncer à votre projet ? - R. Je n'y

croyais plus ; j'étais sans espérance. L'avenir, c'est l'espoir.

13. Quelles réflexions avez-vous faites au moment où vous avez senti la vie s'éteindre en

vous ? - R. Je n'ai pas réfléchi ; j'ai senti... Mais ma vie n'est pas éteinte... mon âme est liée à mon

corps... Je sens les vers qui me rongent.

14. Quel sentiment avez-vous éprouvé au moment où la mort a été complète ? - R. L'est-elle ?

15. Le moment où la vie s'éteignait en vous a-t-il été douloureux ? - R. Moins douloureux

qu'après. Le corps seul a souffert.

16. (A l'Esprit de saint Louis). Qu'entend l'Esprit en disant que le moment de la mort a été

moins douloureux qu'après*. - R. L'Esprit se déchargeait d'un fardeau qui l'accablait ; il ressentait

la volupté de la douleur.

17. Cet état est-il toujours la suite du suicide ? - R. Oui ; l'Esprit du suicidé est lié à son corps

jusqu'au terme de sa vie ; la mort naturelle est l'affranchissement de la vie ; le suicide la brise tout

entière.

18. Cet état est-il le même dans toute mort accidentelle indépendante de la volonté, et qui

abrège la durée naturelle de la vie ? - R. Non... Qu'entendez-vous par le suicide ? l'Esprit n'est

coupable que de ses oeuvres.

Ce doute de la mort est très ordinaire chez les personnes décédées depuis peu, et surtout chez celles

qui, pendant leur vie, n'ont pas élevé leur âme au-dessus de la matière. C'est un phénomène bizarre au

premier abord, mais qui s'explique très naturellement. Si à un individu mis en somnambulisme pour la

première fois, on demande s'il dort, il répond presque toujours non, et sa réponse est logique : c'est

l'interrogateur qui pose mal la question en se servant d'un terme impropre. L'idée de sommeil, dans notre

langue usuelle, est liée à la suspension de toutes nos facultés sensitives ; or, le somnambule qui pense,

qui voit, et qui sent, qui a conscience de sa liberté morale, ne croit pas dormir, et en effet il ne dort pas,

dans l'acception vulgaire du mot. C'est pourquoi il répond non jusqu'à ce qu'il soit familiarisé avec cette

manière d'entendre la chose. Il en est de même chez l'homme qui vient de mourir ; pour lui la mort, c'était

l'anéantissement de l'être ; or, comme le somnambule, il voit, il sent, il parle donc pour lui il n'est pas

mort, et il le dit jusqu'à ce qu'il ait acquis l'intuition de son nouvel état. Cette illusion est toujours plus ou

moins pénible, parce qu'elle n'est jamais complète, et qu'elle laisse l'Esprit dans une certaine anxiété.

Dans l'exemple ci-dessus, elle est un véritable supplice par la sensation des vers qui rongent le corps, et

par sa durée qui doit être celle qu'aurait eue la vie de cet homme s'il ne l'eût pas abrégée. Cet état est

fréquent chez les suicidés, mais il ne se présente pas toujours dans des conditions identiques ; il varie

surtout en durée et en intensité selon les circonstances aggravantes ou atténuantes de la faute. La

sensation des vers et de la décomposition du corps n'est pas non plus spéciale aux suicidés ; elle est

fréquente chez ceux qui ont plus vécu de la vie matérielle que de la vie spirituelle. En principe, il n'y a

pas de faute impunie ; mais il n'y a pas de règle uniforme et absolue dans les moyens de punition.

 

 

ANTOINE BELL

 

Comptable dans une maison de banque au Canada ; suicidé le 28 février 1865. Un de nos

correspondants, docteur en médecine et pharmacien dans la même ville, nous a donné sur son

compte les renseignements suivants :

«Je connaissais Bell depuis plus de vingt ans. C'était un homme inoffensif et père d'une

nombreuse famille. Il y a quelque temps, il s'était imaginé avoir acheté du poison chez moi et

qu'il s'en était servi en empoisonnant quelqu'un. Il était bien souvent venu me supplier de lui dire

à quelle époque je le lui avais vendu, et il se livrait alors à des transports terribles. Il perdait le

sommeil, s'accusait, se frappait la poitrine. Sa famille était dans une anxiété continuelle, de

quatre heures du soir jusqu'à neuf heures du matin, moment où il se rendait à la maison de

banque où il tenait ses livres d'une manière très régulière, sans jamais commettre une seule

erreur. Il avait coutume de dire qu'un être qu'il sentait en lui, lui faisait tenir sa comptabilité avec

ordre et régularité. Au moment où il semblait être convaincu de l'absurdité de ses pensées, il

s'écriait : «Non, non, vous voulez me tromper... je me souviens... cela est vrai.»

Antoine Bell a été évoqué à Paris, le 17 avril 1865, sur la demande de son ami.

1. Evocation. - R. Que me voulez-vous ? Me faire subir un interrogatoire ? c'est inutile,

j'avouerai tout.

2. Il est loin de notre pensée de vouloir vous tourmenter par d'indiscrètes questions ; nous

désirons seulement savoir quelle est votre position dans le monde où vous êtes, et si nous

pouvons vous être utiles. - R. Ah ! si vous le pouviez, je vous en serais bien reconnaissant ! J'ai

horreur de mon crime, et je suis bien malheureux !

3. Nos prières, nous en avons l'espoir, adouciront vos peines. Vous nous paraissez, du reste,

dans de bonnes conditions ; le repentir est en vous, et c'est déjà un commencement de

réhabilitation. Dieu, qui est infiniment miséricordieux, a toujours pitié du pécheur repentant.

Priez avec nous. (Ici, on dit la prière pour les suicidés, qui se trouve dans l'Evangile selon le

Spiritisme.)

Maintenant, voudriez-vous nous dire de quel crime vous vous reconnaissez coupable. Il vous

sera tenu compte de cet aveu fait avec humilité. - R. Laissez-moi d'abord vous remercier de

l'espérance que vous venez de faire naître en mon coeur. Hélas ! il y a bien longtemps déjà, je

vivais dans une ville dont la mer du Midi baignait les murailles. J'aimais une jeune et belle enfant

qui répondait à mon amour ; mais j'étais pauvre, et je fus repoussé par sa famille. Elle m'annonça

qu'elle allait épouser le fils d'un négociant dont le commerce s'étendait au-delà des deux mers, et

je fus éconduit. Fou de douleur, je résolus de m'ôter la vie, après avoir assouvi ma vengeance en

assassinant mon rival abhorré. Les moyens violents me répugnaient pourtant ; je frissonnais à

l'idée de ce crime, mais ma jalousie l'emporta. La veille du jour où ma bien-aimée devait être à

lui, il mourut empoisonné par mes soins, trouvant ce moyen plus facile. Ainsi s'expliquent ces

réminiscences du passé. Oui, j'ai déjà vécu, et il faut que je revive encore... O mon Dieu, ayez

pitié de ma faiblesse et de mes larmes.

4. Nous déplorons ce malheur qui a retardé votre avancement, et nous vous plaignons

sincèrement ; mais, puisque vous vous repentez, Dieu aura pitié de vous. Dites-nous, je vous

prie, si vous mîtes à exécution votre projet de suicide. - R. Non ; j'avoue à ma honte que l'espoir

revint dans mon coeur, je voulais jouir du prix de mon crime ; mais mes remords me trahirent ;

j'expiai par le dernier supplice ce moment d'égarement : je fus pendu.

5. Aviez-vous conscience de cette mauvaise action dans votre dernière existence ? - R. Dans

les dernières années de ma vie seulement, et voici comment. J'étais bon par nature ; après avoir

été soumis, comme tous les Esprits homicides, au tourment de la vue continuelle de ma victime

qui me poursuivait comme un remords vivant, j'en fus délivré de bien longues années après par 

mes prières et mon repentir. Je recommençai une autre fois la vie, la dernière, et la traversai

paisible et craintif. J'avais en moi une vague intuition de ma faiblesse native et de ma faute

antérieure dont j'avais conservé le souvenir latent. Mais un Esprit obsesseur et vindicatif, qui

n'est autre que le père de ma victime, n'eut pas grand-peine à s'emparer de moi, et à faire revivre

dans mon coeur, comme dans un miroir magique, les souvenirs du passé.

Tour à tour influencé par lui et par le guide qui me protégeait, j'étais l'empoisonneur, ou le

père de famille qui gagnait le pain de ses enfants par son travail. Fasciné par ce démon obsesseur,

il m'a poussé au suicide. Je suis bien coupable, il est vrai, mais moins cependant que si je l'eusse

résolu moi-même. Les suicidés de ma catégorie, et qui sont trop faibles pour résister aux Esprits

obsesseurs, sont moins coupables et moins punis que ceux qui s'ôtent la vie par le fait de la seule

action de leur libre arbitre. Priez avec moi pour l'Esprit qui m'a influencé si fatalement, afin qu'il

abdique ses sentiments de vengeance, et priez aussi pour moi, afin que j'acquière la force et

l'énergie nécessaires pour ne pas faiblir à l'épreuve de suicide par libre volonté à laquelle je serai

soumis, me dit-on, dans ma prochaine incarnation.

6. Au guide du médium. Un Esprit obsesseur peut-il réellement pousser au suicide ? - R.

Assurément, car l'obsession qui, elle-même, est un genre d'épreuve, peut revêtir toutes les

formes ; mais ce n'est pas une excuse. L'homme a toujours son libre arbitre et, par conséquent, il

est libre de céder ou de résister aux suggestions auxquelles il est en butte ; lorsqu'il succombe,

c'est toujours par le fait de sa volonté. L'Esprit a raison, du reste, quand il dit que celui qui fait le

mal à l'instigation d'un autre est moins répréhensible et moins puni que lorsqu'il le commet de

son propre mouvement ; mais il n'est pas innocenté, parce que, dès l'instant qu'il se laisse

détourner du droit chemin, c'est que le bien n'est pas assez fortement enraciné en lui.

7. Comment se fait-il que, malgré la prière et le repentir qui avaient délivré cet Esprit du

tourment qu'il éprouvait par la vue de sa victime, il ait encore été poursuivi par la vengeance de

l'Esprit obsesseur dans sa dernière incarnation ? - R. Le repentir vous le savez, n'est que le

préliminaire de la réhabilitation, mais il ne suffit pas pour affranchir le coupable de toute peine ;

Dieu ne se contente pas de promesses ; il faut prouver, par ses actes, la solidité du retour au bien ;

c'est pour cela que l'Esprit est soumis à de nouvelles épreuves qui le fortifient, en même temps

qu'elles lui font acquérir un mérite de plus lorsqu'il en sort victorieux. Il est en butte aux

poursuites des mauvais Esprits, jusqu'à ce que ceux-ci le sentent assez fort pour leur résister ;

alors ils le laissent en repos, parce qu'ils savent que leurs tentatives seraient inutiles.

Ces deux derniers exemples nous montrent la même épreuve se renouvelant à chaque incarnation,

aussi longtemps qu'on y succombe. Antoine Bell nous montre, en outre, le fait non moins instructif d'un

homme poursuivi par le souvenir d'un crime commis dans une existence antérieure, comme un remords et

un avertissement. Nous voyons par là que toutes les existences sont solidaires les unes des autres ; la

justice et la bonté de Dieu éclatent dans la faculté qu'il laisse à l'homme de s'améliorer graduellement,

sans jamais lui fermer la porte du rachat de ses fautes ; le coupable est puni par sa faute même, et la

punition, au lieu d'être une vengeance de Dieu, est le moyen employé pour le faire progresser.

 

 

https://www.youtube.com/watch?time_continue=837&v=ZoaCfYuOO5M&feature=emb_logo

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