Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
doctrinespiritenimes.over-blog.com

Paul BODIER Étude documentaire sur le livre L'Esprit consolateur ou nos destinées, La mort transfigurée

1 Août 2019 , Rédigé par Un spirite Publié dans #Allan Kardec, #Centre Spirite, #Croyance, #Doctrine Spirite, #Médiumnité, #Philosophie Spirite, #Réincarnation, #Science, #Spiritisme

 

 

 

La mort transfigurée

 

Vous avez été bien souvent le témoin attristé de la douleur de ceux qui vous entouraient lorsque la mort enlevait, parfois brusquement, ceux qui leur étaient chers.

Vous-même, malgré votre foi, malgré votre courage, vous avez versé d'abondantes larmes lorsque votre époux et votre fils sont, à peu d'intervalle l'un de l'autre, partis pour défendre leur patrie. Cependant vous gardiez encore l'espoir de les voir revenir bien vivants. Hélas, cet espoir ne s'est point réalisé et vous avez connu une douleur encore plus effroyable. Aujourd'hui, il faut vous astreindre à réfléchir plus posément. L'auteur de « l'Esprit Consolateur » paraît avoir deviné de telles douleurs. Il nous apporte plus qu'un espoir, une certitude réelle qui adoucira la séparation momentanée.

Pour les rêveurs comme pour les poitrinaires, madame, la saison des feuilles mortes est une triste saison. C'est vous dire que je partage votre mélancolie, et que j'admire la sagesse de l'Eglise qui a su fixer à cette époque la « Commémoration des morts ». Cependant, pour ceux qui partagent nos croyances, il me semble que ce jour doit être un jour de fête, au lieu d'être un jour de tristesse, car l'Esprit consolateur transfigure la mort au point de la rendre désirable.

Le moyen âge n'est qu'un long deuil, une sorte d'enterrement nocturne. On n'aime guère le bon Dieu, mais on craint beaucoup Satan. La vie est pénible, atroce pour le malheureux serf attaché à la glèbe ; cependant il éprouve une peur extrême de mourir. Ah ! C’est que sa pauvre imagination est remplie de terribles légendes. C'est que la tombe est un noir soupirail, au-delà duquel il entrevoit le jugement, l'enfer, l'éternité avec la presque certitude d'être au nombre des réprouvés !

Plus tard, deux siècles après la Renaissance, Pascal renonce au mariage, se fait moine et meurt effrayé. La Fontaine se résigne à porter un cilice. Racine se met à rimer des psaumes et à construire des petites chapelles. Condé, le vainqueur de Rocroi, fléchit et tremble à ses derniers moments. Turenne se fait dévot au point d'édifier Mme de Sévigné. La mort de l'Aigle de Meaux serre le coeur, et celle du Cygne de Cambrai le déchire. Ainsi, ces grands hommes de bien meurent Correctement, bien confessés, bien administrés, mais fort tristes et fort épouvantés14 !

Notre foi, madame, nous épargne ces tristesses et ces épouvantes du dernier moment.

Pour nous la mort n'est plus cet affreux squelette qui vient faucher d'un coup nos joies, nos rêves et nos affections. Ce n'est plus ce commissaire sans entrailles qui vient nous dire : Voici l'heure de comparaître au tribunal ! Oh ! Non, elle est bien plutôt l'ange libérateur qui vient dénouer l'un après l'autre, les liens qui nous tenaient captifs depuis tant d'années. Cette opération plus ou moins lente, plus ou moins douloureuse, s'appelle l'agonie. L'âme alors, surtout quand elle est pure, se trouve comme aux confins de deux mondes : le monde visible où elle n'a plus qu'un pied, et le monde invisible qu'elle commence à entrevoir. De là ces phénomènes si fréquents que l'on remarque aux lits des mourants ; ces regards qui semblent fixer quelques merveilles invisibles et se perdre dans un autre horizon ; ces paroles suprêmes, qui semblent autant d'éclairs pour ceux 

qui les entendent ; ces sourires enfin qui ressemblent au sourire de l'enfant qui dort sous l'oeil humide de sa mère, et supposent des visions enchanteresses.

Le dernier soupir est pour l'esprit qui se désincarné un moment de trouble. S'il est bon, s'il est pur, s'il a connu durant sa vie corporelle les enseignements de l'Esprit consolateur, ce trouble dure peu et n'a rien de pénible. L'esprit ressemble en quelque sorte à un homme qui se réveille, sans avoir une conscience claire de son état, sans savoir précisément s'il veille ou s'il dort. Bientôt après, il reprend possession de lui-même et se rend un compte exact de sa situation. Alors, c'est un ravissement comme celui de l'oiseau qui s'est échappé de sa cage étroite, pour aller rejoindre dans l'air, ou sous la feuillée, ses compagnons libres.

Un charmant écrivain n'est peut-être pas loin de la vérité, quand il fait parler ainsi une jeune vierge qui vient de mourir : « Des mots humains ne peuvent rendre la sensation d'une âme qui, délivrée de sa prison corporelle, passe de cette vie dans l'autre, du temps dans l'éternité, du fini dans l'infini. Mon corps immobile, et déjà revêtu de cette blancheur mate, livrée de la mort, gisait sur sa couche funèbre, entouré des religieuses en prière, et j'en étais aussi détachée que le papillon peut l'être de la chrysalide, coque vide, dépouille informe qu'il abandonne pour ouvrir ses jeunes ailes à la lumière inconnue et soudainement révélée. A une intermittence d'ombres profondes avait succédé un éblouissement de splendeurs, un élargissement d'horizons, une disparition de toute limite et de tout obstacle qui m'enivraient d'une joie indicible.

Des explosions de sens nouveaux me faisaient comprendre les mystères impénétrables à la pensée et aux organes terrestres. Débarrassée de cette argile soumise aux lois de la pesanteur qui m'alourdissait naguère encore, je m'élançais, avec une alacrité folle, dans l'insondable éther. Les distances n'existaient plus pour moi, et mon simple désir me rendait présente où je voulais être15. Je traçais de grands cercles d'un vol plus rapide que la lumière, à travers l'azur vague des espaces, comme pour prendre possession de l'immensité, me croisant avec des essaims d'âmes et d'Esprits. »

Tel est, madame, pour les âmes qui vous ressemblent le vrai lendemain de la mort. En débouchant du sombre tunnel, elles ne se trouvent point en face du gouffre infernal qu'on leur a dépeint, ou de la cité bâtie de pierres précieuses qui doit être leur éternelle prison. Elles n'abordent pas à cette terre mystérieuse, inconnue, dont jamais personne n'est revenu. Non, elles abordent à des rivages pressentis, connus, peut-être déjà explorés. Elles se retrouvent chez elles, dans leur véritable élément, heureuses de se sentir dans un monde si souvent visité pendant les rêves de leur longue captivité. Elles comprennent alors que la vie corporelle n'est qu'un songe, et que la vie spirituelle, la vie libre, est la vie normale des Esprits.

Pour les méchants, les criminels, l'agonie est douloureuse, et le trouble qui lui succède est affreux. Il en est même qui se figurent que leurs tourments seront éternels, parce qu'ils n'entrevoient nulle issue. Mais peu à peu la lumière pénètre dans ces âmes enténébrées, pour faire germer le repentir et l'amour, car la bonté divine, moins inexorable que le génie de Dante, n'a écrit sur aucun portique cette inscription désolante : « O vous qui entrez, laissez toute espérance ! »

C'est ainsi que nous arrachons à la grande calomniée son masque hideux, pour lui rendre son véritable visage. Alors on ne craint plus de la regarder en face, et loin de la redouter, on serait 

plutôt tenté d'aller à sa rencontre. C'est là peut-être la plus spécieuse objection que l'on puisse opposer à notre doctrine, en l'accusant de favoriser le suicide.

Oui, je l'avoue sans peine, la peur de la mort peut être un frein salutaire, pour empêcher les âmes grossières de se délivrer d'une vie qui leur est à charge. Voilà pourquoi, sans doute, la doctrine même de l'immortalité, si antique et si évidente, fut longtemps cachée au vulgaire. Moïse n'en parla point aux Hébreux et parmi les Gentils, de rares initiés seuls en avaient le secret. Hégésias ayant donné à Cyrène une leçon sur la vie future, ses disciples se tuèrent pour en goûter plus vite. La contagion devint si forte que Ptolémée Philadelphe ordonna la fermeture des écoles où cette doctrine était enseignée, de peur que ses Etats ne fussent bientôt dépeuplés.

Tant qu'un monde est assez obscur pour être un rude purgatoire, ces paroles de Lucain resteront une grande vérité : « Afin que ceux qui ont encore à vivre supportent l'existence, la divinité leur cache qu'il est heureux de mourir. » - « Ceux qui meurent jeunes sont aimés des dieux » disaient encore les Anciens.

Ceci impliquait que la vie au-delà du tombeau était plus belle, plus noble et que les divinités compatissantes rappelaient plus vite vers elles, ceux qu'elles avaient choisis pour partager leurs félicités.

C'est surtout en ce qui concerne nos destinées que la révélation a dû être progressive. Aussi, lorsque le Christ popularisa le grand dogme de la vie future, il eut soin de tempérer la promesse du royaume de Dieu par la menace du feu éternel. L'Eglise alla plus loin et fit un crime du suicide. A ses yeux, celui qui se donnait volontairement la mort était damné, et son corps ne reposait point en terre sainte. Cette sévérité révélait une sagesse profonde. Qu'on se figure, en effet, ce que devait être l'existence, pendant les longs siècles du moyen âge, pour la multitude des chrétiens ! Si ces misérables opprimés n'eussent été rivés à la vie par la peur de la mort et de l'enfer, ils eussent jeté là leurs instruments de travail, pour se précipiter au fond des étangs, on se pendre aux arbres de la forêt.

De nos jours, l'humanité a fait quelques pas en avant, et la terre a monté d'un degré. Les Esprits sont plus éclairés. L'heure est donc arrivée où l'on peut, sans péril, dévoiler dans toute sa splendeur le mystère de nos destinées. D'ailleurs notre doctrine n'est guère accueillie et comprise que par les âmes avancées qui sont incapables d'en abuser. Si elle transfigure la mort au point de la rendre désirable, elle nous montre en même temps la vie sous un jour qui la rend précieuse. Elle nous enseigne que l'existence est une épreuve transitoire, mais nécessaire à notre avancement. Elle nous avertit que le suicide est un crime, et que celui qui déserte son poste au grand combat de la vie, se condamne à la recommencer dans des conditions plus pénibles.

Quoi de plus rationnel, de plus consolant, de plus moral ? Que ceux qui la combattent au nom de la théologie ou du matérialisme donnent plus et mieux qu'elle ; qu'ils guérissent plus sûrement toutes les blessures de l'âme ; qu'ils réjouissent le coeur par des espérances plus légitimes et des certitudes plus grandes ; qu'ils nous ouvrent enfin des horizons plus beaux, et nous les croirons.

Mais nous dédaignerons sans aigreur leurs sourires ou leurs anathèmes, tant qu'ils n'auront à nous offrir que des affirmations contredites par la science, et ne nous ouvriront d'autres perspectives que l'enfer ou le néant16.

Encore quelques années et l'humanité, délivrée de son long cauchemar, transformera jusqu'à ses funérailles. On saura éloigner du lit des mourants cet attirail lugubre si propre à troubler celui qui s'en va, et à terrifier ceux qui restent.

On supprimera ces draps noirs semés de larmes, et ces cierges ornés de crânes, pour les remplacer par des tentures plus gaies semées de fleurs, et par des cassolettes où l'on brûlera des parfums. Aux chants lamentables de la liturgie du moyen âge on substituera les hymnes joyeuses qui traduiront les allégresses de l'âme affranchie.

Généreux enfants de toutes les patries terrestres, pleures par tant de mères, de soeurs, de fiancées, j'ai prié sur la terre qui recouvre vos restes et j'ai dit : Non, ils ne sont points morts ; non, ils ne sont point réprouvés ! Plus vivants que ceux qui les regrettent, ils voient sans tristesse les marguerites fleurir dans le gazon qui verdit sur leur dépouille mortelle, et nous renvoient des steppes étoiles ce beau cri du poète :

Qu'est-ce donc que mourir ? Briser ce noeud infâme, Cet adultère hymen de la terre avec l'âme, D'un vil poids à la tombe, enfin se décharger ! Mourir n'est pas mourir, mes amis, c'est changé !

Il faut, chère madame, que nul obstacle n'arrête l'essor de votre foi confiante, le temps est venu où les morts ne doivent plus rester dans leur néant. Ils peuvent causer avec leurs amis terrestres et leur donner l’assurance de la survivance.

Cherchez, demandez, instruisez-vous, sortez de votre nuit et si quelqu'un vous dit que vous allez trop loin, répondez en toute sécurité que rien n'est limité dans la vie universelle. Lorsque l’effort cérébral éprouvera une plus forte résistance, la sagesse, qui est notre meilleur guide, sera prête à arrêter notre effort.

 

14 Nous avons tous eu l'occasion de voir sur des lettres de faire-part de certaines personnes décédées la mention : « Décédé pieusement, muni des sacrements de l'Eglise ». La liberté de conscience est une chose sacrée et nous nous défendons de vouloir y porter atteinte, nous voulons seulement faire remarquer que beaucoup des dites personnes avaient, durant leur existence combattu toutes les religions. A toutes, sans exception, et par suite d'une paresse d'esprit et d'un défaut de logique, il leur avait manqué de n'avoir jamais réfléchi et de n'avoir jamais étudié l'histoire exacte de ces religions. Figés dans une intransigeance ridicule, ils devenaient, au moment de leur mort, des proies faciles, leur volonté se trouvant encore obnubilée par la souffrance et la terreur. Combiens plus forts et plus vaillants auraient-ils été s'ils avaient eu la Foi raisonnée, la seule foi digne d'eux-mêmes et la seule aussi digne de Dieu !

 

15 Un peu de réflexion peut nous faire saisir qu'une telle chose est possible. L'esprit prisonnier dans la chair conserve la mémoire des images et nous pouvons tous nous représenter, plus ou moins fidèlement les êtres que nous avons connus et les pays que nous avons visités au cours de notre existence passée. L'esprit dépouillé de la matière conserve, bien entendu cette merveilleuse faculté, mais y ajoute celle plus merveilleuse encore de la présence réelle. N'étant plus gêné par la matière, il peut à son gré, suivant son degré d'élévation, être présent partout où il veut, et même, toujours selon ce même degré d'élévation, dans plusieurs endroits en même temps. Il a le don d'ubiquité

 

 16 La foi naïve ne peut, hélas, engendrer que l'égoïsme et la peur. Malheur à ceux qui ferment les yeux devant la Vérité. Tremblants, épouvantés, ils ne peuvent semer dans l'âme de leurs enfants que la crainte des châtiments éternels. Pourvoyeurs infatigables de toutes les sectes où la vie normale est méprisée, ils ne se doutent guère du mal atroce qu'ils créent avec leur mysticisme rétrograde qui n'est qu'une offense à la Divinité

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :