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Paul BODIER Étude documentaire sur le livre L'Esprit consolateur ou nos destinées, Le libre essor

2 Août 2019 , Rédigé par Un spirite Publié dans #Allan Kardec, #Centre Spirite, #Croyance, #Doctrine Spirite, #Médiumnité, #Philosophie Spirite, #Réincarnation, #Science, #Spiritisme

 

 

 

 

Le libre essor et Conclusion

 

On vous dit que « vos idées s'écartent beaucoup des pures doctrines romaines » que vous importe, pourvu qu'elles soient chrétiennes. A ceux qui essayent de vous troubler, vous pouvez redire ces belles paroles d'un saint évêque : « Je ne suis ni ultramontain, ni citramontain, mais je suis, par la grâce de Dieu, « supramontain ». Habiter les hautes sphères, c'est se trouver en communion avec le Christ.

J'admire, sans pouvoir l'imiter, le doux inspirateur qui vous « défend de raisonner », et vous supplie de vous mettre en garde contre la science. La raison et la science, je le crois, sont fort gênantes pour certains textes, et pour certains hommes. Il faut à ceux-ci des âmes souples, c'est-à-dire aveugles, et toujours disposées à les croire sur parole, ce qui nous explique leur antipathie pour la lumière, et leur haine mal dissimulée pour l'instruction libre qui la propage. C'est un procédé commode, mais est-il bien conforme aux vues de Dieu, et au profond respect que l'on doit aux âmes ? Eh quoi ! La Raison éternelle nous aurait donné la raison pour nous défendre de raisonner ? Cet Esprit, cette étincelle divine qui vit de vérité comme le corps vit de pain, on voudrait lui refuser sa ration, le condamner à la diète, pour complaire à l'Esprit pur qui est la lumière, et veut que nous marchions à lui par la lumière ! Non, le « Dieu des sciences » ne peut nous faire un crime d'aimer la science. La vraie science, en effet, n'est que la révélation des lois de la nature, qui sont aussi des « lois divines ». Or, Dieu ne saurait se contredire, et si une Eglise quelconque redoute la diffusion de la science, on peut affirmer qu'elle ne se sent point invulnérable Il y a des précautions qui supposent la peur, et la peur autorise à croire qu'on n'est pas très sûr d'avoir raison.

Oui, pendant quarante années, celui qui écrit ces lignes a joui d'une certaine tranquillité, à force d'être candide ou aveugle mais son bonheur n'était qu'apparent. Des doutes terribles, sans cesse renaissants, à propos des grands problèmes dé la nature, ne lui laissaient point de repos. Tourmenté, inquiet, il allait fouiller les vieux livres, interrogeant les docteurs, implorant partout ce verre d'eau vive qui s'appelle la vérité. Mais les livres, les docteurs, ont laissé sa pauvre âme se tordre dans sa soif, comme Agar dans son désert. Alors, l'ange le touchant du bout de son aile, lui a dit : Regarde ! Il a regardé, et il a tressailli comme l'artiste obscur qui, après avoir essuyé la poussière d'un vieux tableau perdu dans quelque grenier, verrait se dérouler devant ses yeux ravis la Transfiguration de Raphaël ! Il a vu courir des millions de monde dans les abîmes sans fin du temps. Il a vu les nébuleuses de l'espace se condenser ou se raréfier tour à tour, sous le souffle du Tout-Puissant, pour enfanter ou éparpiller les soleils. Il a vu, comme Israël, les anges de Dieu descendre, et les humanités monter par la grande échelle mystérieuse. Alors il a ressenti la joie du prisonnier qui vient de quitter son cachot étroit et sombre. L'infini des temps, l'infini de l'espace ont été pour lui, les signes sensibles de l'infini divin, et il a compris que la création, loin d'être un acte de colère est un grand acte d'amour.

Non, il n'est point un « révolté », mais une pauvre petite hirondelle qui nous annonce le printemps des cieux.

Ses idées sont bien « nouvelles », nous dit-on, et doivent dès lors vous être « suspectes ». Mais ces idées sont plus vieilles que toutes les bibles, et quand elles seraient jeunes, ce ne serait pas une raison de s'en défier. Il faut commencer par être jeune pour devenir vieux. Tout ce qui est devenu banal a commencé par être étrange ; tout ce qui a fini par vaincre a commencé par être vaincu. Sans les choses qui ont été honnies et persécutées dans leurs auteurs, nous n'aurions aujourd'hui ni liberté, ni science, ni religion, ni philosophie. On n'est l'homme de demain qu'à 

condition de renoncer à être l'homme d'aujourd'hui. On ne forme l'opinion qu'en la devançant, et la devancer c'est la contredire. Le Christ, vous le savez, fut crucifié comme « novateur » par les « conservateurs » de la Synagogue18.

Quoique pauvre, isolé, souffrant, je me trouve heureux quand je me compare aux hommes généreux qui nous ont frayé le chemin à travers tant d'épines. Mon coeur, par instinct, a toujours été du côté des martyrs, des proscrits, des vaincus.

On ne fait pas fortune en pareille compagnie19 mais on sent que c'est la bonne et cela doit suffire. D'ailleurs, j'en ai la confiance, les vaincus d'aujourd'hui seront les vainqueurs de demain. Une grande bataille se livre entre les choses qui meurent et celles qui naissent : je me range du côté du berceau et non du côté de la tombe ; avec ceux qui espèrent, et non avec ceux qui regrettent. Les oiseaux chantent à l'aurore, tandis que les chauve-souris se promènent au crépuscule : je me mêle aux oiseaux, pour applaudir à leurs chansons, qui sont tout à la fois des prières et des prophéties.

« Toutes les femmes sages sont un peu grondeuses », et c'est pour justifier ce proverbe, sans doute, que vous m'avez reproché quelquefois « mon excès de franchise ». Je conviens avec vous de ce défaut qui m'a valu des déboires, mais je ne puis concevoir de supplice comparable à celui d'un homme dont la parole, dont les actes sont en perpétuel divorce avec sa pensée. Or ces tristes martyrs sont trop nombreux, et ce qui manque le plus, à notre époque, c'est peut-être la sincérité. On consulte ses intérêts bien plus que ses convictions, et pour peu que les principes soient gênants, on prend le parti de les abdiquer. Cette habileté, je l'avoue, n'excite ni mon envie, ni mon admiration, tandis que je me sens touché par ces fortes paroles qui sont restées dans mon souvenir : « La vérité a un front d'airain, et tous ceux qui l'auront connue seront effrontés comme elle. »

La prudence est une belle vertu qui aide singulièrement un homme à faire son chemin dans ce bas monde, mais, pour mon malheur, elle me séduit d'autant moins qu'elle m'est plus nécessaire. Etre prudent, c'est calculer, se méfier, souvent se taire, parfois ramper ; c'est imiter le serpent pour mieux se défendre entre les serpents. Or, à l'exemple de saint François de Sales, « je donnerais volontiers vingt serpents pour une colombe ». Voilà pourquoi j'aspire à d'autres sphères, où l'on peut être imprudent sans péril, et où les colombes n'ont plus à redouter les vipères.

Quand on compare la sérénité du ciel et de la terre aux orages qui troublent les âmes à notre époque, on se sent ému d'une immense pitié. La religion est faite pour unir les hommes à Dieu et entre eux ; pour les réjouir en favorisant leur constante aspiration vers l'idéal.

Cependant, c'est en son nom que les enfants de Dieu se divisent, s'aigrissent et se persécutent. C'est en son nom que la table de famille est attristée par des discussions irritantes, que l'affection se fige entre l'époux et l'épouse, entre le frère et la soeur ; c'est grâce à elle qu'un profond malaise tourmente les nobles nations latines. Ah ! Qu’il ferait bon vivre si chacun avait le respect de cette chose sacrée qui s'appelle une conviction ou du moins si chacun comprenait que le prosélytisme n'est légitime, fécond qu'autant qu'il suppose l'amour désintéressé, et s'interdit l'aigreur ou la violence.

De grâce, aimons-nous les uns les autres comme le Christ nous a aimés et gardons-nous de nous infliger le supplice des damnés en ce monde, sous prétexte de nous l'épargner dans l'autre.

Nous sommes arrivés l'un et l'autre, madame, à l'époque de la vie où l'on se retourne pour jeter un regard mélancolique sur le chemin parcouru. Pour vous ce regard doit être la source de bien des joies pures, car vos jours ont été pleins devant le Seigneur. Vous avez eu le rare bonheur d'aimer 

en vous immolant, de souffrir sans vous plaindre, et de faire beaucoup d'heureux sans vous en vanter.

Pour moi, malgré une vie orageuse, je trouve que mes jours ont été bien vides, et je n'ose compter mes défaillances.

Mon corps succombe sous le poids de mon âme, et mon âme succombe sous le fardeau de ses pensées.

Cependant, je serais un ingrat si j'osais me plaindre. Enfant gâté du ciel, j'ai eu l'incomparable bonheur de rencontrer un ami ! Et quel ami ? Un homme assez noble pour honorer la sainte cause de la liberté dont il s'est fait le soldat, et dont l'estime est un bouclier contre l'injure ; un homme dont le grand coeur a su me dire : « Soyez sincère, et restez debout ! Je suis là pour vous empêcher de mourir dans la misère, ou de vous éteindre dans l'oubli ! » Et avec cet ami, j'ai rencontré l'ange aux blanches ailes dont les mains bénies m'ont mis aux lèvres la coupe de Joachim de Flore. Grâce au vin généreux que j'y ai puisé, j'éprouve une joie ineffable à la seule pensée de quitter bientôt ce monde où je ne suis plus qu'un égaré. Je vois d'ici ma Jérusalem dont le sourire magnétique semble provoquer mon essor depuis bien des années, et dont mes douleurs, à défaut de mes oeuvres, me permettront peut-être d'aborder les parvis. C'est là que la bonté compatissante du Père ménage une douce revanche aux Esprits incompris dont on traite les rêves de folie, et aux coeurs broyés qui ont su se préserver de l'aigreur. Là, on ne voit plus ni peuples qui s'égorgent, ni prêtres qui maudissent, ni coeurs mal assortis qui soupirent, mais partout des âmes libres et des coeurs ensoleillés que l'amour fait chanter...

O Terre où j'ai tant souffert et que je vais quitter bientôt, je n'éprouve pour toi qu'une vive gratitude mêlée d'un peu de pitié. Je t'aime parce que tu as été pour mon corps un calvaire et pour mon âme un purgatoire. Je t'aime parce que j'ai pu cheminer dans tes chemins raboteux, avec de nobles Esprits et de grands coeurs.

Oh ! Que Dieu daigne exaucer la prière d'un esprit qui s'apprête à partir, et bientôt tu verras se lever de beaux jours. Les messagers célestes porteront partout la cognée à la forêt touffue des mensonges séculaires, et les coeurs comme les horizons se sentiront élargis. La vie alors ne sera plus une bataille livrée dans l'ombre, mais une fête fraternelle donnée en plein soleil ; et les sphères, en voyant ton allégresse, raconteront aux sphères l'ascension de leur petite soeur parmi ses aînées.

 

18 C’est là, un fait, que bien des hommes ont oublié. Leur esprit, tout entier dominé par l'appât du gain ne s'occupe point de ces choses, et chacun d'eux se croit un grand homme parce qu'il sait gagner beaucoup d'argent.

19 Non seulement on ne fait pas fortune, mais on déchire son habit aux ronces du chemin, on se fait même des ennemis, des ennemis d'autant plus redoutables qu'ils vous sont inférieurs par l'esprit.

 

 

Conclusion

 

« Habent sua fata libelli. » Les livres ont leur destinée.

En vous répétant cet aphorisme du poète de l'antiquité, nous vous demandons, chère Madame, de faire lire ce petit ouvrage à tous vos amis, croyants ou incroyants. Les uns et les autres pourront peut-être y puiser d'utiles enseignements, ceux-ci pour retrouver une foi qu'ils avaient perdue et qu'ils croyaient disparue pour toujours, ceux-là pour affermir leur foi chancelante.

On a prétendu que l'auteur des belles pages que vous venez de lire avait, dans les dernières années de sa vie, repris la plume pour renier et démentir ce qu'il avait écrit.

La faiblesse est grande parmi les êtres humains. L'Histoire nous apprend que des génies n'ont pas été sauvegardés d'elle. Mais il faut tenir compte des circonstances qui ont entouré de tels reniements.

Nous avons vu Galilée, forcé d'abjurer, devant le Saint-Office, la vérité si péniblement découverte par lui. La postérité plus éclairée et aussi plus impartiale lui a pardonné cette faiblesse, comme elle a pardonné certains reniements à de grandes intelligences.

L'indulgence les uns pour les autres doit s'affirmer dans toutes les circonstances, c'est pourquoi la prétendue rectification de l'auteur de « L'Esprit consolateur » ne saurait troubler notre sérénité.

A l'écrivain qui a su préférer l'esprit qui vivifie à la lettre qui tue, nous adressons notre hommage respectueux, et nous sommes heureux de nous inspirer de son travail pour éclairer l'humanité.

Tous les êtres humains ont les mêmes faiblesses mais aussi les mêmes élans.

Aucune âme ne saurait éternellement rester fermée à la vérité. Aucun coeur humain ne saurait être rassasié du mensonge et de l'imposture.

C'est un devoir, pour ceux qui savent, de montrer la lumière à l'âme apeurée, c'est un devoir d'apporter, au coeur désolé et meurtri, l'espérance, cette fleur divine, mais aussi la foi dont elle est la compagne inséparable, la foi pure, la foi raisonnable et raisonnée, seule capable d'élever l'être humain et de le rendre digne de son Créateur.

Toutefois, chère madame, souvenez-vous de ce qui est écrit dans l'Evangile de saint Mathieu (VII, 6) « Ne jetez pas les perles devant les pourceaux ».

Ceci veut dire que si vous rencontrez, sur votre chemin, des gens trop ignorants pour comprendre certaines vérités, il faut se garder de vouloir les instruire malgré eux.

N'insistez donc jamais en présence des sots et des méchants, parce qu'ils sont incapables de penser, de raisonner et par conséquent de s'instruire.

Pour nous, notre but a été de répandre quelques vérités en peu de mots. Nous ne doutons pas que vous vous efforcerez de faire de même. Vous avez la douceur persuasive et vous cherchez, en toutes circonstances, à être utile à vos semblables.

En vous efforçant de faire le bien et de l'enseigner, vous connaîtrez la joie qui élève l'âme et la prépare ainsi à la merveilleuse ascension des sommets lumineux d'où joyeuse et frémissante elle déploiera ses ailes diaphanes pour monter, toujours plus haut, vers le Dieu suprême qui l'attend, avec amour, dans sa gloire et sa majesté triomphantes.

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